Le tatouage, une culture détournée

Keskon risk à montrer l'art autrement ?

L'accès à la culture est de plus en plus simple et pourtant, elle continue à avoir une image élitiste pour beaucoup. Nous nous sommes intéressés à un art millénaire  qui connaît une forte expansion dans notre société : le tatouage.
Outre l'aspect esthétique et l'effet de mode, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui utilisent leur corps comme vecteur artistique, afin de comprendre les intentions derrière cette démarche.

J'utilise mon corps comme un tableau personnel
Emilien - Tatoueur

Pourquoi se faire tatouer ?

Emilien, tatoueur au Perce Muraille de Bordeaux, estime que c'est effectivement une forme d'expression artistique, toutefois très personnelle. "On voit vraiment de tout, des gens de 18 à 80 balais. Cela peut être pour marquer un moment perso ou simplement parce que c'est beau. Il n'y a pas de règles."


Matthieu, également tatoueur, regrette l'excès qui existe autour du tatouage. "Les gens pensent que c'est un rituel de passage, un truc qu'il faut faire pour être hype, pour appartenir à un certain milieu. Tout ça c'est bullshit, pour moi le plus important c'est la rencontre avec le tatoueur, pas le tatouage".

. En tant que tel, le tatouage n'est pas forcément graphique mais incorporé à l'ensemble, ça donne du sens.
Hugo - Tatoué

Qu'est-ce qui se cache derrière un tatouage ?

Thomas, modèle photo, pense que le tatouage est une forme d'expression artistique, et un plus dans son domaine. "Je m'exprime avec mon corps et le tatouage va dans ce sens. Malgré tout, chaque tatouage représente une histoire personnelle que je souhaite conserver sur moi."


Hugo, a un avis différent : "je ne suis pas fan de tatouages à la base. Les miens n'ont pas tous une signification, beaucoup se font au feeling. Certains sont carrément décidés sur le moment. J'ai tatoué sur mon bras l'adresse que j'occupais lors d'un voyage à San Francisco, par exemple."

En général les gens sont curieux. Ça m'arrive même de me faire toucher car le type veut bien voir mon tatouage !
Hugo

Le tatouage, une forme d'art ?


Pour Matthieu, pas vraiment : "le tatouage c'est un prétexte. C'est avant tout une rencontre, un souvenir. Le tatoueur est plus important que le tatouage. C'est mon métier, mais la sacralisation du tatouage me gave".


Emilien lui se voit comme une toile : "j'utilise mon corps comme un tableau personnel". C'est aussi la démarche de Thomas, "étant modèle, le tatouage m'apporte une plus-value dans mon métier. Mes tatouages peuvent même me permettre de me différencier".


Il touche toutes les classes sociales donc dans un sens il véhicule une forme d'art à tous. Il vient à nous, pas besoin d'aller au musée. C'est un peu l'art de notre génération.
Hugo


Hugo : "je n'ai pas eu une démarche vraiment approfondie. Juste l'envie de customiser mon corps, pour remplir les vides. Je fais moi-même mes propres dessins, étant designer et graphiste j'ai la possibilité de transcrire sur mon corps les idées que je me fais du tatouage. J'utilise mon corps comme un tableau où je peux exprimer ce qui me passe par la tête. Faut dire que je l'utilise pas mal : bras, dos, torse, cuisse."

Mes tatouages me permettent de me différencier.
Thomas - Modèle photo


Par les témoignages que nous avons recueillis, il y a autant de rapport au tatouage qu'il y a de tatoués. Si celui-ci est de plus en plus présent dans notre société, les idées qu'il véhicule sont nombreuses. De la simple dimension esthétique à la démarche plus introspective, il n'y a pas de loi.

Au-delà des intentions personnelles, le tatouage, parfois malgré lui, contribue à l'expansion d'une culture, d'un art, sans toujours être considéré comme tel, et où le tatoué fait office de toile vivante de notre quotidien.


A travers notre démarche, nous avons voulu montrer que l'art peut se trouver partout, il suffit de changer de regard sur ce qui nous entoure.