La Fac pour tous ?

Une réflexion sur la sélection à l'université.

En France, la faculté est à l'origine une institution publique d’enseignement et d’apprentissage non sélective et accessible à tous suivant le principe de l’école républicaine. Mais cette égalité est-elle véritablement respectée ? Qu’en pensent les étudiants ? Existe-t-il des solutions pour supprimer, ou du moins limiter, ces inégalités ?

La sélection détermine qui peut accéder à telle formation selon ses résultats scolaires, en principe de manière totalement transparente, mais pas seulement.

Ainsi toute personne qui ne dispose pas du baccalauréat se voit refuser l’accès aux études supérieures en faculté, ce qui est une première entorse au principe selon lequel l’université devrait être accessible à tous. Le seul recours pour les personnes ayant décroché précocement des études scolaires reste de passer une équivalence du bac comme le Diplôme D’accès aux Etudes Universitaires (DAEU) qui se passe à la fac. Un des principaux problèmes serait donc le manque d’encadrement et de programmes à même d’aider les élèves en difficulté et ayant décroché très tôt des études.

D’autre part, à côté de ces modes de sélection officiels, il existe tout un tas de sélections informelles imposées par la contradiction entre des formations à places limitées et le principe d’accepter toutes les candidatures qui mène à des aberrations telles que la sélection par tirage au sort. On a pu ainsi voir la montée d’une polémique sur la possibilité de mise en place d’une sélection sur dossier pour ces formations à effectif limité.

Enfin il existe des formes de sélections informelles liées aux contraintes de la vie étudiante, d’un point de vue économique notamment avec l’obligation pour de nombreux étudiants de trouver un emploi à côté de leurs études. On voit alors se répéter et même s’amplifier les inégalités sociales dans un milieu scolaire qui prône pourtant l’égalité des chances et de l’accès au savoir. Ces dernières années, il a été observé une montée de la précarité et de la pauvreté avec près d’un jeune sur quatre qui vit en dessous du seuil de pauvreté.

On peut alors s’intéresser à la légitimité des différentes méthodes de tri qui suscitent de nombreux débats, notamment pour les filières à capacité limitée. Le tirage au sort est-il plus égalitaire que la sélection sur dossier ?

Le tirage au sort est considéré comme « égalitaire » dans le sens où tous les candidats ont autant de chances quel que soit leur parcours. Mais ne serait-il pas plus juste que la sélection se fasse sur des critères objectifs tels que la motivation, l’investissement et le travail fourni en amont par le candidat ?

Début 2016, le magazine l’Etudiant a publié un sondage mené auprès de 2 500 jeunes qui a montré que la majorité (57 %) des interrogés était favorable à la sélection sur dossier.

Enfin, vient la question de la légitimité de ces filières en elles-mêmes. Chacun ne devrait-il pas avoir accès à la formation qu’il désire ? Est-il possible de limiter au maximum la sélection ?

Quelles alternatives ?

La sélection semble être incontournable pour la continuité de nos études. De par la compétition opérée, c'est l’idée de la méritocratie qui aujourd’hui, anime les passions et la volonté d’atteindre des études poussées. Or, la sélection est-elle une fin en soi ? N’est-il pas envisageable de supprimer toute forme de sélection à l’Université ? C’est ce qui a été tenté de 1968 à 1980 à l’Université Paris Vincennes. 

Durant les événements de mai 68, les étudiants revendiquaient une société plus libre, égalitaire avec, dans le monde étudiant, la suppression du Baccalauréat Général et la possibilité pour les étudiants comme les travailleurs, de suivre des études supérieures sans distinction aucune. Suite aux événements, le ministre de l’éducation Edgar Faure, sous le gouvernement De Gaulle, prend une décision inédite : la création dans le bois de Vincennes d’une université à l’image des revendications étudiantes. 

C’est ainsi que naît le centre universitaire expérimental de Vincennes. Hélène Cixous, doctorante en lettre, est chargée du recrutement d’une partie de l’équipe pédagogique. Les premiers départements voient le jour auprès de noms prestigieux comme Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jean François Lyotard ou encore Jacques Lacan. 

Le but de l’établissement étant à l’image du mouvement, les critères de sélection sont entièrement supprimés. Le baccalauréat ne devient dès lors plus une obligation pour suivre des études. La hiérarchie n’est plus verticale mais horizontale, laissant aux étudiants la possibilité de prendre une part intégrante à la vie de l’Université. Ici, c’est la libre fréquentation, la possibilité de passer d’un cours de sociologie à un cours de philosophie ou encore de théâtre, dans une liberté des plus absolues. Le tutoiement entre professeurs et étudiants devient aussi la norme, les notes sont supprimées au profit de la liberté de connaissance. 

Toutes les décisions sont alors prises en se concertant, au sein d’Assemblées Générales renvoyant à des sortes d’agora plus ou moins formelles à travers l’Université. L’expérimentation pousse même professeurs et étudiants à quitter les salles de cours pour s’installer à des terrasses de cafés, l’entrée des stations de métro… C’est ainsi que naissent les premiers cafés philo. Plus qu’une Université, c’est une volonté politique qui est développée, loin d’un modèle de compétition, l’égalité est ici règle d’or.

Derrière l’image de la faculté ouverte, il existe donc une sélection plus ou moins officielle qui soulève certaines polémiques. La sélection sur dossier à l’entrée est présentée comme une solution au problème de la capacité. Dans une autre perspective, des projets de suppression totale de la sélection ont déjà vu le jour et seraient donc aussi envisageables. Cela nécessiterait une augmentation du budget pour adapter la capacité à la demande.